Semaine 28 — 11 juillet 2026
L'IA s'installe désormais de manière pérenne dans votre laptop, dans votre suite Office et dans votre Slack. Le vrai enjeu n'est pas le document qu'elle rédige. C'est le contexte qu'elle capte au passage.
Dans cette édition
Cette semaine, deux nouvelles sont passées un peu sous le radar, et pourtant elles racontent la même histoire. Claude Cowork est maintenant inclus par défaut dans les abonnements payants : l'IA ne se contente plus de répondre dans une fenêtre de chat, elle travaille directement dans vos fichiers, rédige vos documents, prépare vos tableurs et vos présentations, puis vous les rend à relire. Et depuis fin juin, Claude vit aussi dans Slack, en permanence, comme un membre de l'équipe qu'on peut interpeller à tout moment, avec une mémoire d'équipe pérenne.
La mémoire de votre laptop et de tous vos fichiers. Puis de tous vos échanges en entreprise.
Je repense à l'image du cheval de Troie. On fait entrer quelque chose d'utile dans ses murs, et une fois à l'intérieur, ça change la place de tout le monde. C'est exactement ce qui est en train de se passer, sans bruit. Et puis, forcément, je pense à cette vision de Jack Dorsey sur l'IA comme centre névralgique de l'entreprise, posée en mars 2026 et perçue comme visionnaire à ce moment-là, et sans doute déjà en train de se réaliser.
Voilà ce que j'observe dans le marché depuis quelques mois. Le document n'est plus l'endroit où on travaille. Il devient le résultat qu'on relit. Un passage obligé, la fonction "human in the loop".
Avant, la suite Office était l'outil de production. On ouvrait un Word ou un Excel pour créer, à la main, du début à la fin. Ce que je vois arriver, c'est un basculement : l'IA crée le premier jet, l'adapte, le met en forme, et l'humain passe derrière pour valider et corriger. Word et Excel deviennent des surfaces d'affichage et de retouche, pas des surfaces de création. Le vrai travail se fait avant, dans la conversation avec l'assistant.
On n'y est pas encore partout, et heureusement. Un tableur financier sensible, un contrat, une note de conseil, ça se relit ligne par ligne, ça ne se délègue pas les yeux fermés. Mais la direction est prise, et elle est rapide. La question que je pose à mes clients n'est plus "est-ce que ça va arriver", c'est "sur quelles tâches je laisse la machine produire, et sur lesquelles je garde la main du début à la fin". Quelle est mon expertise centrale et nécessaire à mon entreprise.
Le vrai cheval de Troie, ce n'est pas le document. C'est le contexte.
Pourquoi ce basculement se produit maintenant ? Parce que l'information devient conversationnelle. Si mon assistant a déjà l'info, comprend ma demande en une phrase et me sort le livrable, pourquoi est-ce que j'irais ouvrir un autre outil ? L'outil de production perd de son intérêt dès l'instant où l'assistant qui détient le contexte peut produire à ma place.
Et le contexte, dans une entreprise, où vit-il vraiment ? Dans la communication interne. Vos décisions, vos arbitrages, vos non-dits, vos priorités du moment, tout ça se joue dans les fils de discussion, pas dans les dossiers bien rangés. Un assistant posé dans Slack, qui lit, mémorise et apprend un peu plus chaque jour comment vous travaillez, capte cette matière que personne n'avait jamais réussi à structurer. Et puis il utilise le transcript des calls effectués par Slack. C'est peut-être ça, le nouveau cheval de Troie : on l'installe pour gagner du temps sur des tâches, et il devient la couche par laquelle passe tout le travail.
Ce qui me frappe, c'est que tout le monde vise le même endroit. Anthropic pousse Claude à l'intérieur de Slack, Gmail, Drive et Salesforce avec ses agents de workspace, OpenAI et Codex qui agit sur l'ensemble de l'ordinateur. Perplexity fait de son navigateur Comet la surface où l'assistant vous suit de page en page, et attaque le contenu de l'ordinateur également avec sa Desktop App. La bataille n'est pas sur le meilleur modèle. Elle est sur qui détient votre contexte de travail, qui agit sur tous vos livrables.
Et c'est justement là que l'open source a une carte à jouer, et pas une petite. Des projets comme Hermes (Nous Research) ou OpenClaw permettent d'héberger son propre assistant, chez soi, sur ses serveurs. Le contexte de l'entreprise reste à la maison au lieu de partir chez un fournisseur. Pour une PME, je trouve que c'est la bonne façon de poser la question. Pas "quel assistant je choisis", mais "qui tient mon contexte, et est-ce que je suis d'accord avec ça".
Ce que je retiens
On peut adorer un outil et vouloir quand même garder la clé de sa propre maison.
Comprendre ces assistants, et savoir où poser les garde-fous.
Construisez votre premier agent IA en deux demi-journées.
Formation NEXT5 × IAStratégie360 — Liège 27/08, Namur 17/09
Claude apprend votre entreprise, un message Slack à la fois
TechCrunch
Le meilleur article pour comprendre ce que "Claude Tag" change vraiment : un assistant persistant qui suit vos canaux et accumule le contexte. C'est le sujet de l'édition, vu de l'intérieur.
ArticleChatGPT Work, l'agent qui travaille dans vos apps
VentureBeat
Pour voir qu'Anthropic n'est pas seul : OpenAI branche son agent sur Slack, Teams, Gmail, Drive, Salesforce. Même mouvement, autre acteur.
Open sourceHermes Agent
Nous Research
L'alternative open source : un assistant auto-hébergé, à mémoire, qu'on fait tourner sur ses propres machines. Utile pour comprendre l'option "je garde le contrôle".
À testerClaude Cowork, la page officielle
Anthropic
Pour tester par vous-même sur une tâche réelle (préparer une présentation, nettoyer un tableur) avant de vous faire une opinion.
Sentez le basculement en dix minutes
Prenez une tâche que vous faites encore à la main dans Word ou Excel : un compte rendu, un tableau de suivi. Demandez à un assistant de produire le premier jet, et contentez-vous de relire et corriger. Vous sentirez tout de suite où se déplace votre valeur, et ce que vous voulez garder sous votre main.
Deux scènes de la semaine qu'on aurait rangées dans la science-fiction il y a cinq ans à peine.
Un robot humanoïde, Atlas (Boston Dynamics et Hyundai), est entré sur la pelouse du Mondial le 5 juillet, pendant Brésil-Norvège, pour remettre le ballon du match. Il a même rejoué quelques célébrations de but connues. C'est la première fois qu'un robot participe directement à la cérémonie d'un match de Coupe du monde. Anecdotique ? Sur le moment, oui. Mais voir cette technologie sortir des laboratoires pour marcher sur un terrain devant des millions de gens, ça dit quelque chose sur la vitesse à laquelle on s'habitue à l'impensable. Et qui l'aurait cru il y a cinq ou dix ans ?
Et dans un registre plus utile, des systèmes anti-moustiques à base de drones et de lasers commencent à sortir. Le Photon Matrix repère et neutralise des moustiques en vol au laser guidé, à un rythme assez impressionnant. D'autres projets déploient des micro-drones autonomes en essaim. Derrière le gadget, l'enjeu est sérieux : le moustique reste l'animal le plus meurtrier de la planète. Si la robotique aide à contenir la dengue ou le paludisme, on ne parlera plus de gadget très longtemps.
Ma première formation "Maîtriser l'IA agentique" avec NEXT5 vient de se terminer, et je suis content de ce qu'elle a produit. Les participants sont repartis avec un premier agent qu'ils ont construit eux-mêmes, un prototype qui tourne, et surtout une compréhension claire de ce que l'agentique va changer dans leur métier et de la façon de l'aborder sans se faire déborder. C'est exactement le sujet de cette édition, mais vécu de l'intérieur, les mains dans le cambouis.
Ils m'ont aussi donné un feedback riche, que je prends au sérieux. La prochaine session, à Liège le 27 août, en profite déjà : j'ajoute entre les deux demi-journées une séance en ligne d'une heure, pour débloquer chacun sur son projet et l'aider à avancer concrètement, tout en stimulant cette phase de "travail solo" indispensable à la bonne compréhension du projet. Contactez-moi si le sujet vous intéresse, ou inscrivez-vous directement à la formation.
Formation NEXT5 : "L'IA agentique pragmatique pour dirigeants et managers"
Deux demi-journées pour passer de la veille à l'action. Pas de code : vous repartez avec un agent IA fonctionnel construit sur votre cas réel, une feuille de route 90 jours et une checklist EU AI Act. Nouveau : une séance de déblocage en ligne d'une heure entre les deux séances.
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Bonne semaine,
Laurent Dupont
IAStratégie360
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