LinkedIn WhatsApp Email
← Toutes les éditions

Semaine 30 — 23 juillet 2026

L'IA, un truc de jeunes ?

On croit les jeunes acquis à l'IA. Les études disent l'inverse. Qu'est-ce qui se cache derrière cette méfiance, et pourquoi l'éducation est le vrai levier ?

Écouter cette édition en podcast

5 min — Alex & Sarah

Le mot de la semaine

On répète que les jeunes sont nés avec le numérique, qu'ils adoptent tout, tout de suite. Sur l'IA, c'est l'inverse. Les études récentes montrent que la génération Z est la plus réticente, la plus méfiante, parfois la plus hostile.

Une enquête Gallup d'avril donne le vertige : 31% des jeunes disent ressentir de la colère face à l'IA, contre 22% un an plus tôt. Et selon une autre étude, 44% des jeunes salariés admettent avoir déjà saboté, d'une façon ou d'une autre, la stratégie IA de leur entreprise. Surprenant, non ?

31 %

des jeunes ressentent de la colère face à l'IA (vs 22% un an plus tôt)

44 %

des jeunes salariés ont déjà saboté la stratégie IA de leur entreprise

69 %

font plus confiance à un travail fait sans IA qu'avec

Sur le terrain

Sur le terrain, je vois une réaction très tranchée chez les jeunes. Il n'y a presque pas de milieu.

Soit ils embrayent, et ils sont à bord très vite. Ils deviennent même des promoteurs internes, ceux qui réalisent le plus vite des projets pilotes. Attention quand même à un piège, pour le reste de l'organisation : en conclure que "l'IA, c'est un truc de jeunes". C'est l'excuse parfaite pour que tous les autres s'en désintéressent.

Soit ils se reculent, et ils sont très critiques. Deux phrases que j'entends souvent : "ça ne m'intéresse pas vraiment", ou "je pense qu'on devrait d'abord réfléchir à l'impact sur l'environnement et la société". La seconde, honnêtement, est parfaitement légitime. Les moins de 30 ans sont les plus inquiets de l'empreinte des datacenters, et les chiffres leur donnent des arguments : selon une projection des Nations unies, les datacenters qui font tourner l'IA pourraient consommer près de 945 TWh d'électricité d'ici 2030, presque le triple de la consommation annuelle cumulée du Pakistan, du Bangladesh et du Nigéria. Sans compter l'eau des systèmes de refroidissement. Ma vision personnelle est que toute technologie engendre des externalités négatives et que les impacts positifs de l'IA pourraient surpasser ceux-ci, notamment en propulsant la recherche scientifique à d'autres niveaux, mais j'en parlerai une autre fois.

Retour sur les jeunes. J'ai une hypothèse personnelle, en plus de ça. Une partie de cette distance tient peut-être à une forme "d'illettrisme digital". Cette génération est née dans un monde de réseaux sociaux où tout existait déjà, tout marchait tout seul. Elle ne sait plus vraiment ce qu'il y a sous le capot, comment fonctionne un programme. Ma génération a vu arriver le PC personnel, internet, le smartphone, un par un, et on a compris un peu de la mécanique en cours de route, et on a vu les changements positifs que cela apportait dans l'ensemble (tout n'est pas toujours rose).

Ça peut ressembler à une réflexion de vieux, je vous l'accorde. Sauf que les chiffres vont dans ce sens. Le mythe du "digital native" spontanément à l'aise avec la technique est largement démonté par la recherche : grandir un écran à la main ne rend pas compétent dans le digital pour autant. L'étude internationale ICILS, qui mesure la littératie informatique des élèves, relève même un recul entre 2018 et 2023, particulièrement net aux États-Unis. Manipuler des applications toute la journée, ce n'est pas comprendre l'outil. Et plus les appareils sont verrouillés, plus on perd les bases et la notion d'utilité qu'on peut en tirer.

Pour un dirigeant, la leçon est double. Vos plus jeunes sont soit vos meilleurs alliés, soit vos voix les plus critiques, rarement entre les deux. Ne les ignorez pas, et ne leur sous-traitez pas "l'IA" comme si c'était leur rayon. Reste une dernière peur, moins dite à voix haute : celle de ne pas trouver sa place dans le monde du travail. J'y viens.

La réflexion

Sur la peur de l'emploi, les données récentes invitent à nuancer. Plusieurs travaux (l'EPI, le NACE aux États-Unis) montrent que le marché du travail des jeunes s'est affaibli pour les diplômés comme pour les non-diplômés. Difficile, donc, d'en imputer la seule responsabilité à l'IA. L'échelle des postes juniors ne disparaît pas. Ce qui change, c'est la compétence attendue : savoir travailler avec l'IA, pas contre elle.

Et c'est là que je veux en venir. Face à une méfiance en partie fondée, en partie exagérée, on a deux mauvaises réponses. La première, c'est de forcer l'IA dans la gorge des gens, ce qui produit exactement le sabotage qu'on cherche à éviter. La seconde, c'est de leur donner raison sur tout et de rejeter l'outil en bloc.

La bonne réponse, je crois, c'est l'éducation. Pas pour vendre l'IA aux jeunes, mais pour les équiper : comprendre ce que l'outil fait vraiment, en mesurer les coûts avec lucidité, l'écologie comprise, et développer le jugement qui permet de s'en servir sans se faire remplacer par lui. La peur ne se combat ni par l'injonction ni par le déni. Elle se combat par la compréhension.

C'est vrai à l'école, c'est vrai en entreprise. Former, ce n'est pas convaincre. C'est rendre capable, et rendre libre de choisir.

L'éducation n'est pas l'accessoire de la transformation IA.
C'en est le levier. Construisez votre premier agent en deux demi-journées.

Formation NEXT5 × IAStratégie360 — Liège 27/08, Namur 17/09

Réserver ma place

À lire, à tester

De mon côté

Ce sujet me touche de près, parce que faire de l'éducation le levier de l'adoption, c'est exactement mon métier.

Mes formations pour dirigeants et équipes partent de là. On n'y "vend" pas l'IA. On la comprend, on cadre son usage, on en pèse les coûts, écologie comprise, et on décide en connaissance de cause. Et surtout, on met les mains dedans : chacun repart avec un premier agent construit sur son propre cas. C'est la meilleure réponse que je connaisse au "l'IA, c'est un truc de jeunes". Quand un dirigeant construit son agent lui-même, le sujet cesse d'être une affaire de génération.

Et pour les plus jeunes, il y a edukia, mon projet edtech : un usage de l'IA encadré et critique, qui explique au lieu de donner la réponse. Même conviction, autre public. Parce que la vraie question, à tout âge, n'est pas d'être pour ou contre l'IA. C'est de la comprendre assez pour choisir. D'ailleurs, quelque chose me dit que du contenu edukia spécialisé sur le sujet pourrait bientôt voir le jour.

Formation NEXT5 : "IA agentique pragmatique pour dirigeants et managers"

Deux demi-journées pour passer de la veille à l'action. Pas de code : vous repartez avec un agent IA fonctionnel construit sur votre cas réel, une feuille de route 90 jours et une checklist EU AI Act. Une séance de déblocage en ligne d'une heure entre les deux séances.

Liège : 27/08 + 10/09 Namur : 17/09 + 29/09

8 participants max par cohorte. Réserver ma place

Une veille IA gratuite pour votre business, ça vous tente ?

Toutes les deux semaines, une analyse personnalisée de l'actualité IA pour votre secteur. Gratuit.

Bonne semaine,
Laurent Dupont
IAStratégie360
dupont.laurent@iastrategie360.com

Si vous connaissez quelqu'un qui devrait lire cette newsletter, partagez-lui ce lien : iastrategie360.com/newsletter

Recevez la prochaine édition

Un email par semaine, 4 minutes de lecture. Pas de spam.

Recevez la prochaine édition