Semaine 37 — 10 septembre 2026
Voitures autonomes, essais de Gates et de Zuckerberg : cette semaine, le même signal. Un changement de l'ampleur de la machine à vapeur, appliqué au travail intellectuel. Ni panique, ni déni : comprendre et expérimenter.
Dans cette édition
D'habitude, je me méfie des « l'IA va tout changer ». Même si je me le dis chaque jour, c'est mon métier de tempérer, pas d'alimenter la hype, et je ne veux pas paraître alarmiste. Cette semaine, je vais faire une exception, parce que trois choses sans rapport ont atterri sur la même conclusion.
Un épisode de Silicon Carne qui déclare, en gros, que la voiture autonome a gagné. Un essai de Bill Gates sur les métiers à protéger de l'IA. Et un essai de Mark Zuckerberg sur le monde qu'il veut bâtir avec elle. Trois angles opposés, un même sentiment : ce qui vient n'est pas une amélioration de plus, c'est un changement d'échelle. Au point que je l'assume, je ne suis pas si dingue que ça quand je pense que les 24 à 36 prochains mois porteront une révolution sociétale importante.
Prenons le signal le plus concret, pour sortir de la science-fiction. Cette année, la voiture autonome a passé un cap : Waymo dont les coûts s'effondrent, Zoox qui fait payer ses courses à Las Vegas, le Cybercab de Tesla qui roule à Austin, sans volant, sans pédales. On se rassurait en se disant que les métiers manuels, « physiques », étaient à l'abri, protégés par le volant ou par le geste. Le chauffeur de taxi, le routier : on les croyait tranquilles. Ils sont sur la trajectoire, et sans doute que toute l'industrie du transport sera touchée plus vite que prévu.
Et pendant ce temps, à l'autre bout de la chaîne, le travail intellectuel se délègue déjà. Je le vis chaque jour : une flotte d'agents qui prend en charge des pans entiers de mes projets. Les deux extrémités bougent en même temps, le manuel par la robotique, l'intellectuel par l'IA. C'est ça qui est nouveau : l'intellectuel et le manuel mutent à la fois. Et le rythme est, disons-le, démentiel.
On a déjà vécu une bascule de ce genre. La machine à vapeur, puis l'électricité, ont fait disparaître le travail de force. L'agriculture et l'industrie lourde, qui occupaient l'essentiel de la population, ont fondu jusqu'à ne plus peser que quelques pour cent des emplois. On a encaissé, mais sur un siècle, sur plusieurs générations. La différence aujourd'hui : la cible, c'est le travail intellectuel, le tertiaire, en plus du manuel par la robotique. Et ça va plus vite, beaucoup plus vite.
Le plus frappant, c'est que ce sont les architectes mêmes de cette technologie qui posent les questions dérangeantes. Gates propose de réserver des métiers aux humains et de taxer les robots. Zuckerberg imagine une « superintelligence personnelle », un agent pour chacun, dans sa santé, sa carrière, ses finances. Musk annonce que la monnaie deviendra « non pertinente ». Je ne prends aucune de ces prophéties pour argent comptant : Musk est contesté jusque dans son camp, Zuckerberg reste vague et utopique, et assez contradictoire vu l'usage qu'il fait lui-même des données. Mais quand ceux qui construisent le système s'inquiètent ou promettent à ce point, on ne peut pas balayer le sujet d'un revers de main.
Avant d'aller plus loin, j'écarte deux peurs, parce qu'elles nous empêchent de réfléchir. Non, l'IA ne va pas nous rendre stupides, contrairement à ce que titrent beaucoup de médias. Elle ne le fera que si on la subit passivement : la calculatrice n'a rendu personne nul en maths tant qu'il continuait à raisonner. Et non, l'IA ne va pas « décider de nous tuer ». Ce fantasme de science-fiction est même une diversion : il nous détourne du vrai sujet, l'impact économique et social, ici et maintenant. Et peut-être l'occasion de repenser la société, en mieux.
Le vrai problème est ailleurs. J'ai le sentiment que nos dirigeants politiques sont très loin d'avoir pris la mesure de ce qui arrive. À mes yeux, un seul État joue vraiment sa partie, avec une stratégie assumée et une réflexion de fond : la Chine. Je ne dis pas que c'est un modèle à copier, et beaucoup de choses y sont évidemment contestables, mais ça devrait nous réveiller.
Se voiler la face en se disant « ça n'arrivera pas » est la pire des options.
Alors, que faire ? Ma conviction tient en deux mots : ni déni, ni panique. La bonne direction, c'est comprendre et expérimenter. Comprendre comment l'IA fonctionne, un peu d'algorithmique, ce que veut dire cette vitesse d'exécution. Et surtout être à son contact, parce que c'est là qu'on apprend, pas dans les tribunes. C'est exactement pour ça que je me forme, que je forme, et que j'écris cette lettre chaque semaine, à mon échelle. Et il est temps d'ouvrir le débat de société : que fait-on quand une grande partie du travail intellectuel devient délégable ? Quand chacun pilote une flotte d'agents, au travail comme dans sa vie perso ? Quelle valeur donnera-t-on encore aux choses ? Ce sont des questions de citoyens et de dirigeants, pas seulement d'ingénieurs.
Ni subir, ni paniquer. Comprendre l'IA et l'expérimenter, à votre échelle.
Ne pas subir la vague : apprendre à nager dedans.
Deux formations de rentrée : "Agents IA pour dirigeants" (NEXT5) et "L'IA, votre nouveau collaborateur" (NEXTYou)
Silicon Carne, « La voiture autonome a gagné »
siliconcarne.substack.com
L'épisode qui m'a lancé sur le sujet. Waymo, Zoox, le Cybercab de Tesla : le moment où l'on réalise que ce n'est plus une promesse, c'est en service.
EssaiBill Gates : quels métiers réserver aux humains ?
Fortune
Il propose de réserver certains emplois aux humains et de taxer l'IA et les robots. Venant de lui, ça vaut le détour.
EssaiLa « superintelligence personnelle » de Zuckerberg
CBS News
Sa vision d'un agent pour chacun. À lire justement pour son côté utopique, et pour ce qu'il révèle du projet des grandes plateformes.
DébatMusk : « la monnaie deviendra non pertinente »
Fortune
La thèse du revenu universel élevé par l'abondance, et pourquoi d'autres la réfutent. Un bon exercice pour se faire son propre avis.
Vous l'aurez compris, ce sujet est le cœur de ce que je fais : aider des dirigeants et des équipes à comprendre et à expérimenter l'IA, sans la peur ni la hype. Pas pour subir la vague, mais pour apprendre à nager dedans.
Et cette fois, j'aimerais vraiment vous lire. Répondez-moi : sur ce changement qui vient, qu'est-ce qui vous inquiète, qu'est-ce qui vous enthousiasme ? Ce débat, autant le commencer entre nous, ou au moins l'ouvrir entre pairs, entre amis. C'est un débat qu'on ne peut pas rater. Pour construire en mieux.
Si vous voulez avancer concrètement, mes deux formations de rentrée sont ouvertes.
"Agents IA pour dirigeants" (avec NEXT5)
Orientée création pratique. On construit concrètement des agents, pour comprendre de l'intérieur comment ça fonctionne et ce que ça débloque. Vous repartez avec un agent construit sur votre cas réel.
"L'IA, votre nouveau collaborateur : repenser le management" (avec NEXTYou)
Pour encadrer et guider ses équipes dans ce changement, côté posture et organisation. Parce que la plupart des projets IA échouent sur l'adoption, pas sur la technologie.
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Bonne semaine,
Laurent Dupont
IAStratégie360
dupont.laurent@iastrategie360.com
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