Semaine 44 · 27 octobre 2026
Des jobs vont changer, certains vont disparaître. Il faut le regarder en face, avec courage. Et choisir de s'y projeter avec enthousiasme : un château de neuf siècles, les médaillés Fields, le prospectus d'Anthropic et un livre sur la présidentielle de 2027.
Dans cette édition
Samedi 17 octobre, à l'occasion de la Nuit des châteaux, j'ai visité le château d'Houtain-le-Val, tout près de chez moi. Ses premières pierres remontent à 1129. Il a été reconstruit, agrandi, transformé au fil des siècles. En septembre 1944, les troupes allemandes qui y avaient installé leur quartier général y ont mis le feu en se retirant, et ce sont les villageois, mobilisés en urgence, qui l'ont sauvé.
Il en a vu, des changements. Des révolutions, des drames, des peurs. Et il est toujours là, resplendissant dans sa dernière rénovation.
C'est la meilleure image possible pour parler de ce qui arrive avec l'IA. Parce qu'il faut avoir le courage de regarder la réalité en face. Oui, beaucoup de jobs vont changer. Oui, certains vont disparaître. Ça va demander de la capacité d'adaptation, de la réinvention, et du courage. Au niveau de l'entreprise, et au niveau de la société. Mais ce n'est pas le premier grand changement que la société traverse, et je veux le regarder positivement.
En septembre, 25 médaillés Fields, l'équivalent du prix Nobel en mathématiques, dont Terence Tao, ont signé une déclaration commune : « Un grave désalignement de l'IA en mathématiques ». Elle est arrivée quelques jours après qu'OpenAI a annoncé avoir résolu un des grands problèmes du millénaire, avec une preuve que la communauté n'avait pas encore vérifiée.
Leur texte ne demande pas d'arrêter l'IA. Il dénonce la course aux annonces et la relecture bâclée. Mais en filigrane, on lit une inquiétude plus profonde : quand une machine résout ce à quoi des vies entières ont été consacrées, que devient le sens du travail ? Eux-mêmes veulent « ne pas perdre de vue ce que ce travail était censé accomplir ».
Je comprends cette crainte. C'est vertigineux de voir le but d'une vie changer de nature. Mais je trouve encore plus dommage de ne regarder que ce qu'on perd. Car ces mêmes signataires reconnaissent que l'IA « offre le potentiel d'enrichir et d'accélérer » la recherche.
On peut regarder tout ça avec de la peur, de la crainte, de l'aversion. Mais ça va se passer. Ça se passe. C'est inévitable. Alors autant s'y projeter avec enthousiasme. Il est au moins aussi probable que l'IA aide à résoudre des problèmes jusqu'ici insolubles (l'environnement et ces solutions qui créent sans cesse de nouvelles externalités, la santé et le cancer, et bien d'autres…) que de mener au scénario où elle asservit l'humanité et décide de nous détruire façon Terminator.
Ce n'est pas qu'une intuition de ma part. Anthropic, l'entreprise derrière Claude, vient de déposer, ce lundi 26 octobre, son prospectus d'introduction en bourse auprès du gendarme boursier américain. On y lit que, si une IA de ce niveau « est mise au service des problèmes les plus difficiles de l'humanité et que les risques sont gérés de manière responsable, le potentiel est extraordinaire » : comprimer des décennies de progrès scientifique en quelques années, accélérer la découverte de médicaments et la détection des maladies, offrir une éducation personnalisée, améliorer les réseaux électriques et les batteries, et apporter aux pays en développement des capacités que les pays riches ont mis des générations à construire.
Évidemment, c'est un document écrit pour convaincre des investisseurs, et vous connaissez ma méfiance envers le marketing de ces sociétés. Mais deux mots y comptent autant que les promesses : « si » et « risques ». Le bénéfice n'est pas automatique. Il dépend de ce qu'on en fait.
Le virage ne sera pas simple. Il sera rapide, intense, et c'est un vrai risque. Raison de plus pour le prendre les yeux ouverts plutôt que les yeux fermés.
C'est tout le propos du livre de Laurent Alexandre et Olivier Babeau, IA : la présidentielle de la dernière chance, qui vient de paraître. Pour eux, l'IA va devenir « la force structurante de l'économie, de la guerre, du travail et de la politique », alors que la campagne française de 2027 « s'annonce avec les thèmes et les promesses d'hier ». Leur question de fond n'est plus « quel candidat me ressemble ? », mais « quel candidat est à la hauteur de ce qui arrive ? ». Vu de Belgique, elle se pose exactement de la même façon. Je vous le recommande.
Pour une entreprise, c'est la même chose qu'à l'échelle de la société : regarder quels métiers vont bouger, accompagner les gens plutôt que les laisser découvrir le changement seuls, et investir dans leur capacité à se réinventer.
Et je le confirme, ce changement est d'une rapidité et d'une magnitude sans précédent. Les entreprises que je rencontre s'y mettent. D'autres l'ignorent. Quant aux responsables politiques, alors que l'IA et son impact sociétal devraient selon moi être au cœur de tous les débats, ils choisissent, appuyés par les médias, de jouer une autre partition : beaucoup de régulation, de la peur… et une vraie incompréhension du changement à venir.
Le château d'Houtain-le-Val est toujours là, près de neuf siècles plus tard. Différent, mais bien présent. La société le sera aussi. C'est en ça que je veux croire : au mieux que l'IA peut amener.
Accompagner ce virage, ça se prépare.
C'est le fil rouge de mes formations.
« Agents IA pour dirigeants » : 17 novembre et 3 décembre à Wavre (NEXT5). « Apprivoiser l'IA » : 18 ou 21 novembre à Wavre (NEXTYou).
IA : la présidentielle de la dernière chance
Laurent Alexandre et Olivier Babeau, Buchet-Chastel
Un livre politique sur l'IA, centré sur la France, mais dont la question vaut pour tous les dirigeants : qui est à la hauteur de ce qui arrive ?
Le prospectus d'introduction en bourse d'Anthropic (en anglais)
sec.gov
Très long. La section « AI is Transforming Intelligence » décrit en une page le futur que l'entreprise juge possible, et à quelles conditions.
SourceLa déclaration des médaillés Fields (en anglais)
mathandai.org
Courte, nuancée, et plus intéressante que ce qu'en a retenu la presse.
HistoireLe château d'Houtain-le-Val
chateaudehoutainleval.be
Son histoire, des premières pierres à la rénovation actuelle.
Mes deux listes
Listez les trois tâches de votre métier que l'IA fera mieux que vous d'ici deux ans. Puis les trois choses qu'elle ne fera pas à votre place. C'est sur la deuxième liste que se construit la suite.
Accompagner ce virage dans une entreprise, c'est ce que je fais au quotidien, et c'est le fil rouge de mes formations. « Agents IA pour dirigeants » avec NEXT5, prochaine session à Wavre.
Et pour embarquer vos équipes : « Apprivoiser l'IA » avec NEXTYou, une journée à Wavre.
« Agents IA pour dirigeants » (avec NEXT5)
Orientée création pratique : on construit concrètement des agents, et on repart avec un agent construit sur son cas réel, une feuille de route et une checklist de gouvernance. Prochaine session à Wavre : le mardi 17 novembre (8h30 à 13h00) et le jeudi 3 décembre (13h30 à 18h00).
« Apprivoiser l'IA » (avec NEXTYou)
Une journée pour tirer le meilleur de Claude ou ChatGPT, du prompt jusqu'aux agents, sans jargon. À Wavre, une date au choix : le mercredi 18 ou le samedi 21 novembre.
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Bonne semaine,
Laurent Dupont
IAStratégie360
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